Article · Désir et sexualité

Fantasmes, sextoys, libertinage : en parler dans le couple

Fantasmes, sextoys, libertinage : comment en parler dans le couple sans pression, avec consentement et respect des limites de chacun. Repères concrets.

  • Lecture : 11 min
  • Par Bertrand Baray
  • Coach certifié
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Un couple se retrouve sur le canapé autour d'un café, complice et souriant

Un dimanche soir, après le dîner, Julien glisse à Claire, presque en riant : « Et si on essayait un club, un jour ? » Claire sourit, ne répond pas, change de sujet (prénoms et situation modifiés). Le lendemain, elle y pense encore. Elle ne sait pas si elle est curieuse, vexée ou inquiète. Un peu tout à la fois, sans doute.

Dans un autre couple, c’est Thomas qui reste silencieux (prénoms et situation modifiés). Il a découvert que sa compagne utilise un jouet intime. Il ne dit rien, mais quelque chose le travaille : est-ce qu’il ne suffit plus ?

Pendant mes années d’accompagnement en cabinet (2018-2025), j’ai souvent reçu des couples qui butaient sur ces questions. Ce n’était presque jamais le fantasme, le jouet ou la proposition qui posait problème. C’était la manière d’en parler, ou de ne pas en parler. Dans cet article, je vous propose des repères pour aborder ces sujets intimes à deux, sans pression, en respectant le consentement et les limites de chacun.

Comprendre ce qu’est un fantasme (et ce qu’il n’est pas)

Un fantasme, c’est un rêve éveillé à connotation érotique. Un scénario que l’on se raconte, qui nourrit l’imaginaire et parfois le désir. Il appartient d’abord à celui ou celle qui le porte.

Avoir des fantasmes est normal. Presque tout le monde en a, sous une forme ou une autre. Ils peuvent être doux, surprenants, parfois déroutants pour celui qui les a.

Il faut retenir une idée essentielle : l’imaginaire et la réalité ne coïncident pas toujours. On peut aimer une scène dans sa tête et ne pas avoir du tout envie de la vivre. Le fantasme n’est pas un programme. Ce n’est pas une liste de choses à accomplir.

Fantasmer, est-ce tromper ? C’est une question que l’on me pose souvent. Ma réponse : tant que le fantasme reste dans l’imaginaire, il ne trahit personne. Les difficultés commencent ailleurs :

  • quand on l’exprime de façon blessante, par exemple en commentant le physique d’une autre personne devant son partenaire ;
  • quand on pense à quelqu’un d’autre pendant l’intimité, au point de se couper de la personne qui est là ;
  • quand le fantasme envahit la relation et doit être réalisé « à tout prix » ;
  • quand on passe de l’imaginaire à des échanges réels avec une autre personne, en ligne ou ailleurs. Là, ce n’est plus un fantasme : c’est un écart dans le couple.

Pourquoi ces sujets créent autant de tension

Parler de fantasmes, de sextoys ou de libertinage touche à des zones sensibles. L’estime de soi, la peur de décevoir, la peur d’être jugé. Et derrière, une question silencieuse : « Est-ce que je suis assez pour toi ? »

Chez celui ou celle qui propose

, il y a souvent la crainte d’être vu autrement. De passer pour quelqu’un de bizarre, d’insatisfait ou d’infidèle en pensée. Alors on se tait, ou on lance l’idée sur le ton de la blague pour ne pas prendre de risque.

Chez celui ou celle qui reçoit

, la proposition peut sonner comme un reproche. « Si tu as besoin de ça, c’est que je ne te suffis pas. » C’est exactement ce que ressentent beaucoup d’hommes face au jouet intime de leur compagne. Ce n’est pas l’objet qui blesse. C’est l’orgueil touché, la peur d’être remplacé, la peur de ne pas être à la hauteur.

Il y a aussi l’histoire de chacun. Son éducation, sa culture, ses valeurs, ses expériences passées. Ce qui paraît léger à l’un peut être lourd de sens pour l’autre. Ce décalage n’est pas un défaut. C’est une réalité à prendre en compte.

Ce qui ne marche pas

Avec le recul, j’ai vu revenir les mêmes impasses. Les reconnaître, c’est déjà s’en protéger.

Insister jusqu’à obtenir un « oui »

Un accord arraché à force de demandes n’est pas un consentement. C’est une concession. Et une concession finit presque toujours par se payer : rancune, distance, perte de confiance.

Utiliser un fantasme pour « sauver » le couple

Quand la relation traverse des tensions non résolues, ajouter une nouvelle expérience ne répare rien. Un club libertin, par exemple, n’est pas une solution pour un couple en difficulté. Il risque au contraire d’amplifier les fragilités existantes.

Se comparer à un objet

Le plaisir que procure un jouet intime est d’une autre nature. Il est mécanique, régulier, prévisible. Vous comparer à lui, c’est vous mettre dans une compétition qui n’a pas de sens.

Faire du fantasme une performance

Vouloir cocher des cases, aller toujours plus loin, en faire une exigence : c’est le meilleur moyen de transformer un jeu en pression. L’intimité n’est pas une course.

Se plaindre au lieu de proposer

« Tu préfères ton jouet à moi » ferme la conversation. « Et si on jouait ensemble ? » l’ouvre.

Vous vous reconnaissez dans cette situation ?

Un premier rendez-vous permet de mettre des mots sur ce que vous vivez et de repartir avec des pistes concrètes. En visio, où que vous soyez, ou en face à face à Marne-la-Vallée.

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Ce qui aide : des repères concrets pour en parler

Voici les repères que je proposais aux couples que j’accompagnais. Ils valent pour un fantasme, un jouet intime ou une envie de libertinage.

1. Clarifiez d’abord votre propre motivation

Avant d’en parler, demandez-vous : pourquoi ai-je envie de partager cela ? Pour me libérer d’un poids ? Pour le réaliser ? Simplement pour le dire et être accueilli ? La réponse change complètement la façon d’aborder la conversation.

2. Si c’est l’autre qui propose, interrogez votre envie

En ai-je envie pour moi, ou pour faire plaisir ? Prenez le temps de lister vos peurs, noir sur blanc. Elles ne sont pas ridicules. Elles sont des informations précieuses.

3. Évaluez l’état de votre couple

Vous sentez-vous en confiance l’un avec l’autre ? Les tensions du moment sont-elles apaisées ? Une nouvelle expérience se vit mieux sur un terrain solide.

4. Commencez petit

Je propose souvent un exercice simple : chacun partage un fantasme anodin, avec humour et bienveillance. Rien d’engageant. L’objectif est d’apprendre à en parler, pas de passer à l’acte. On découvre souvent que l’autre est plus ouvert qu’on ne l’imaginait, ou on découvre ses limites en douceur.

5. Distinguez dire et faire

Partager un fantasme n’oblige personne à le réaliser. Le dire clairement avant de commencer libère beaucoup la parole. Certains fantasmes ont vocation à rester dans l’imaginaire, et c’est très bien ainsi.

6. Posez des règles précises, ensemble

Si vous décidez d’explorer quelque chose de nouveau, définissez à l’avance ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. Pour le libertinage, cela peut concerner les regards, les contacts, les baisers, le fait de rester ensemble à tout moment. Plus c’est précis, plus chacun se sent en sécurité.

7. Gardez toujours la possibilité de dire stop

Un « oui » donné hier n’engage pas pour aujourd’hui. Chacun peut changer d’avis, à tout moment, sans avoir à se justifier. C’est le cœur même du consentement.

8. Renseignez-vous avant d’agir

Pour un projet comme le libertinage, prenez le temps de vous informer, de discuter de l’endroit choisi, de contacter le lieu à l’avance pour poser vos questions. L’improvisation laisse peu de place à la sérénité.

Le rôle du partenaire : faire de la nouveauté un allié

Le jouet intime n’est pas un rival

Beaucoup d’hommes vivent mal la présence d’un sextoy dans la vie de leur compagne. Pourtant, ces objets ont de vrais atouts. Ils permettent de découvrir son corps, de mieux comprendre ce qui procure du plaisir. Ils peuvent aussi aider certaines femmes qui ont des difficultés à atteindre l’orgasme.

Dans le couple, un jouet peut devenir un complice. Un prolongement de votre main pendant les préliminaires. Un relais quand la fatigue se fait sentir. Une façon de varier les sensations et de jouer ensemble.

Mon conseil : au lieu de le vivre comme une menace, proposez de l’intégrer à deux. Laissez à votre partenaire le contrôle du rythme si elle en a besoin, tout en restant présent. Et surtout, demandez-lui simplement ce qu’elle y cherche. Sa réponse vous surprendra peut-être.

Ce qu’un objet ne donnera jamais

Un jouet n’a pas de regard. Pas de voix. Pas de tendresse, pas d’humour, pas d’histoire commune. Il ne vous prend pas la main en sortant du restaurant.

C’est là que se trouve votre place. Dans la connexion, l’écoute, les caresses, la complicité. Travailler votre confiance en vous est bien plus utile que de vous battre contre un objet.

Accueillir la parole de l’autre

Quand votre partenaire vous confie un fantasme, il vous fait un cadeau de confiance. Même si son contenu vous déroute, accueillez d’abord le geste. Vous pouvez dire : « Merci de me l’avoir dit. J’ai besoin d’y réfléchir. » Vous n’êtes pas obligé d’être d’accord. Vous êtes invité à ne pas juger.

Et si vous ne souhaitez pas aller plus loin, dites-le clairement, avec respect. Un « non » posé avec bienveillance protège le couple bien mieux qu’un « oui » contraint.

Quand se faire accompagner

Certaines situations méritent un regard extérieur. Par exemple :

  • quand le sujet revient sans cesse et crée des disputes ;
  • quand l’un se sent sous pression et n’ose plus dire non ;
  • quand un fantasme prend tellement de place qu’il occupe tout l’espace de la relation ;
  • quand une expérience vécue a laissé des blessures, de la jalousie ou de la méfiance ;
  • quand la jalousie envers un jouet ou un tiers imaginaire ronge la confiance en soi.

Un accompagnement permet de remettre de la parole là où il y a du silence ou de la tension. Il aide chacun à exprimer ses envies et ses limites, sans que l’un l’emporte sur l’autre.

Si des difficultés physiques entrent en jeu, comme des douleurs pendant les rapports ou une difficulté persistante à ressentir du plaisir, un bilan chez votre médecin est une bonne première étape.

Vos questions

Questions fréquentes

Est-ce normal d’avoir des fantasmes quand on est en couple ?

Oui. Avoir des fantasmes est normal et ne remet pas en cause vos sentiments. Tant qu’ils restent dans l’imaginaire et ne vous coupent pas de votre partenaire, ils ne trahissent personne.

Faut-il tout dire de ses fantasmes à son partenaire ?

Non. Certains fantasmes gagnent à être partagés, d’autres à rester intimes. Demandez-vous pourquoi vous voulez en parler, et tenez compte de ce que l’autre est prêt à entendre.

Comment réagir si mon partenaire me propose quelque chose qui ne me plaît pas ?

Remerciez-le de sa confiance, prenez le temps de réfléchir, puis exprimez clairement votre position. Vous avez le droit de dire non, sans culpabilité, et ce non doit être respecté.

Un sextoy peut-il remplacer le partenaire ?

Non. Un jouet procure un plaisir d’une autre nature. Il n’offre ni regard, ni tendresse, ni complicité. Utilisé à deux, il peut même enrichir votre intimité.

En conclusion

Fantasmes, sextoys, libertinage : aucun de ces sujets n’est bon ou mauvais en soi. Ce qui compte, c’est la façon dont vous en parlez, et le respect que vous accordez aux limites de chacun. Un couple qui sait accueillir l’imaginaire de l’autre sans juger, et dire non sans blesser, construit une complicité solide. La nouveauté devient alors un jeu partagé, jamais une exigence.

Vous voulez avancer à deux, à votre rythme ?

Je vous accompagne pour comprendre ce qui se joue et retrouver un lien plus apaisé, en visio ou à Marne-la-Vallée.

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Bertrand Baray, coach certifié, formé à la thérapie de couple et à la sexothérapie, fondateur d’EDENIA Formations · Mon parcours

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